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Les Hostas - taxonomie

(

(voir le catalogue hosta)

A toute plante, il faut un nom.  Sans nom impossible de la décrire, de parler d’elle, d’inciter les amis à venir l’admirer (viens voir mon nouveau machin-truc n’inspire guère au déplacement !), et surtout de comprendre ses besoins et la façon dont il faut la cultiver.

Ce nom doit être unique, impensable que deux plantes différentes aient le même nom ou qu’il existe deux noms différents pour la même plante. Cela paraît évident et logique, qui donnera le même nom à deux de ses propres enfants.

Le pauvre hosta a changé de nom cinq fois depuis sa découverte par Englebert Kaempfer et l’édition de son catalogue de plantes japonaises « Amoenitates Exoticae ». Médecin et botaniste, il a été envoyé au Japon par la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales et entre 1690 et 1693. 

Il a étudié l’histoire, la géographie et la flore de ce pays si peu connu. Dans son oeuvre, édité en 1712, il a décrit et dessiné deux espèces de hosta Joksan vulgo Giboosi, qu’on considère aujourd’hui comme étant H. ‘Tokudama’, et Giboosi altera, probablement H. ‘Lancifolia’. Malheureusement il n’a pu ramener de plantes ni vivantes ni sèches, ni sous forme de graines.

C’est à un autre médecin, Carl Pehr Thunberg, également un employé de la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales au Japon que nous devons la première vraie étude du hosta.  Les spécimens séchés de sa collection sont toujours conservés à l’Université d’Uppsala en Suède.  La même université ou il a fais ses études, sous Linné. En  1780 Thunberg a utilisé pour la première fois le nom Aletris pour le genre hosta, mais dès 1784 il l’a changé pour Hemerocallis

Voilà pourquoi les premiers hostas cultivés en Europe étaient connus sous le nom de Hemerocallis plantaginea.  Le mot plantaginea se référant aux feuilles de plantain, le hosta avait évidemment des feuilles nettement plus larges que celles des hémérocalles.Plus tard et avec des connaissances bien plus approfondies, il a fallu reconnaître que les hostas et les hémérocalles devraient composer deux genres indépendants.  Fait qui exigeait encore un changement de nom et en 1812 l’Autrichien Leopold Trattinick a inscrit le nom Hosta en honneur de son compatriote Nicholas Host. 

Mais il ne s’est pas rendu compte du fait le nom Hosta a déjà été attribué à un genre de la famille des verveines.Ainsi, en 1817, il a bien fallu changer, cette fois-ci on a choisi pour notre plante préférée le nom de Funkia inscrit par l’Allemand Kurt Sprengel en honneur de Heinrich Funk, collectionneur de fougères alpines.Pendant presque un siècle ce nom a été respecté, en effet, on le retrouve parfois, même aujourd’hui, dans certains livres et catalogues. 

Mais pendant ce temps le nom Hosta pour les verveines a été invalidé.  Apparemment ce genre avait déjà un nom et comme l’ancienneté prime, le nom plus récent de hosta a dû être abandonné.  Mais cela ne changeait rien pour notre cher funkia, un nom déjà utilisé, même d’une façon illégale, ne peut être repris pour un autre genre.Alors pourquoi le très savant Congrès International Botanique, l’organisation responsable de la nomenclature du monde végétale a voté en 1905 d’abandonner Funkia en faveur de Hosta ? 

Pour certains une décision bureaucratique et incompréhensible mais du fait que le C.I.B. l’a voté, ce nom illégal est redevenu légal et nos chers hostas seront appelés des hostas jusqu’à la fin du monde.  Ou au moins jusqu’au prochain changement. Si de trouver un accord définitif pour le genre, d’habitude chose simple, a été si compliqué chez le hosta, vous pouvez en déduire que pour les espèces c’était encore pire.  Et vous auriez bien raison.

Peut-être faut-il commencer avec une définition du mot espèce.  Selon mon dictionnaire de botanique (Boullard, 1988 édition Ellipses) on peut  lire la suivante « collection d’individus que se ressemblent plus entre eux qu’à aucun autre et qui se reproduisent identiquement à eux-mêmes ». 

Mais il faut aussi prendre en compte la « barrière génétique ».  C’est à dire que les plantes d’une même espèce sont capables de se croiser entre elles mais pas avec les individus d’un autre groupe, une autre espèce.  En plus il faut qu’on puisse trouver des populations d’une espèce dans la nature à l’état sauvage, l’espèce étant une classification botanique.

Quand il s’agit d’un cultivar (cultivated variety) les choses sont plus simples, nous avons une plante créée par l’homme, multipliée d’une façon asexuée et tous les individus d’une même variété doivent être génétiquement identiques. 

Mais pour une espèce l’identification est souvent plus difficile.  Par exemple une population peu très bien ressembler à une espèce déjà identifiée sauf que les feuilles sont plus larges, la couleur d’un vert plus foncé et les plantes elles-mêmes nettement plus grandes.  Est-ce qu’il s’agit en effet de la même espèce mais d’un groupe de plantes qui a pu profiter de meilleures conditions, ou est-ce qu’il doit être considéré comme étant une nouvelle espèce.

Grand nombre d’espèces de hosta décrites et/ou ramenées en Europe par les premiers collectionneurs n’ont pas été découvertes dans leur milieu naturel.  Le Japon a longtemps été un pays très fermé.  Au temps de Philipp von Siebold, à qui on doit l’introduction d’un grand nombre de hostas, les étrangers étaient confinés sur une petite île de 32 hectares dans la baie de Nagasaki. Interdiction de sortir alors hors de question d’aller collecter.  Von Siebold était bien sûr un botaniste passionné mais aussi un médecin accompli.  Comme il refusait toujours d’être payé pour son travail, ses nombreux patients et étudiants japonais prirent vite l’habitude de lui amener quelques plantes pour son jardin.  Après plusieurs années on lui accordait le droit d’établir une faculté de médecine près de Nagasaki au Japon proprement dit.  Enfin il était libre de faire sa collecte de plantes lui-même.

Au dix-neuvième siècle les Japonais avaient déjà établi de nombreuses pépinières pour la multiplication et vente de plantes.  Beaucoup de collectionneurs étrangers y achetaient leurs spécimens, Robert Fortune et Thomas Hogg inclus.  Parfois il s’agissait bien d’espèces botaniques mais il y avait également un grand nombre d’hybrides ou de cultivars.  Les noms japonais étant simplement un descriptif de la plante il était impossible de savoir.  Alors la majorité fut introduite en Occident comme étant des espèces.

Plusieurs études botaniques au cours du dix-neuvième siècle et début du vingtième siècle ont essayé de mettre un peu d’ordre dans cette situation très confuse.  En 1940, date peu propice à sa distribution internationale le botaniste japonais Fumio Maekawa a publié sa monographie « Le Genre Hosta », résultat de plus de vingt années de travail.  Certains taxa considérés comme des espèces jusqu’à là ont été réduites au statut de cultivars du fait que des populations sauvages étaient introuvables.  Par contre un nombre de cultivars était élevé au statut d’espèces.

 

Ce nombre fut réduit d’une façon dramatique par Noboru Fujita dans son ouvrage « Le Genre Hosta (Lilaceae) au Japon » édité en 1976.  Il n’a traité que les hostas originaires du Japon, ceux-ci ayant été minutieusement étudiés dans leur milieu naturel.  Selon Fujita plusieurs taxa faisaient en effet partie de la même espèce et que les considérations écologiques et la possibilité de réussir des croisements fertiles entre les différents taxa, étaient plus important que la morphologie de la plante.

 

Ainsi em>H. tokudama, H. montana et H. sieboldiana font partie d’une même espèce nommée H. sieboldiana.  Egalement H. cathayana, H. takahashii et H. tardiva ont tous été désignés comme faisant partie de l’espèce H. tardiva.  En tout, il réduit le nombre d’espèces japonaises à quinze, ce qui fait un nombre total de 22 espèces si on ajoute ceux qui sont originaires de la Corée et de la Chine.
 

Ce travail a quelque peu perturbé le monde botanique et a été rejeté par la plupart des jardiniers et horticulteurs qui avaient bien du mal à voir le très connu H. sieboldiana recherché pour ses feuilles bleues et rugueuses comme étant la même espèce que H. montana aux grandes feuilles vertes et avec un aspect plus lisse malgré ses veines proéminentes.

Vu la confusion générale qui ne cessait d’accroître, les hostaphiles du monde étaient énormément soulagés de découvrir en 1991 le superbe livre de l’Américain W G Schmid.  Après avoir passé trente ans à étudier et à cultiver les hostas Schmid a publié un oeuvre compréhensif sur le genre. 

Sa classification des espèces, selon les règles de morphologie, l’existence ou non de populations sauvages et tous les principes actuels de taxonomie étaient considérés par beaucoup comme définitives. 

Certains espèces ont été désignées comme des cultivars, ainsi H. tardiflora devient H. ‘tardiflora’, H. tokudama devient H. ‘Tokudama’ et ainsi pour H. ‘Undulata’, H.’Fortunei’, H. ‘Lancifolia’ et H. ‘Tortifrons’ entre autres.  Egalement toute forme à feuilles panachées était désignée comme un cultivar, ainsi par exemple H. sieboldii var. kabitan devient H. sieboldii ‘Kabitan’.  En tout Schmid a reconnu quarante-trois espèces.

Mais la controverse n’a pas disparu pour autant.  Une étude scientifique publiée par B J M Zonneveld et F Van Iren  de l’Université de Leiden aux Pays Bas en 2001, a clairement démontré que Noboru Fujita  avait raison.  Utilisant des comparaisons d’ADN et de pollen leurs conclusions ont divisé le genre Hosta en trois sous-genres, sept sections et  vingt-trois espèces :

 

Sous-genre Hosta : 

H. plantaginea 

 


Sous-genre Brycoles :

Section Stolonifera :
H. capitata
H. clausa                                     
H. yingeri    
                                                  

Section Bryocles :                         
H. ventricosa   
Section Lamellatae :
H. jonesii                                      
H. minor
H. tibae 

H. tsushimensis
H. venusta

Sous-genre Giboshi :

Section Helipteroides
H. kiyosumiensis
H. sieboldiana

Section Nipponosta
H. gracillima
H. longissima.
H. rectifolia

H. sieboldii 

Section Picnolepis
H. hypoleuca
H. longpipes
H. rupifraga
Section Rhynchoporae
H. kikutii
H. pulchella
H. pycnophylla
H. shikokiana

 

Pour démêler définitivement ce problème on attend l’édition du nouveau « Code International de Nomenclature de Plantes Cultivées » (ICNCP) prévu pour le printemps 2004 et qui remplace celle de 1995.  Les noms indiqués doivent être considérés comme corrects mais je crains bien que les scientifiques, les jardiniers et hostaphiles de tout genre vont continuer à en discuter pendant très longtemps.
 

Jane PHILLIPS (Le Jardin Anglais)


 

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